Cheikh Suyûti, qdssl
[ 849-911 H / 1445-1505 ap. J.C.]

As-Salam Alaykum, ci-joint un discours relatant la vie du Cheikh Suyûti (qdssl), Savant sunnite du IXème siècle de l'Hégire grand compilateur extremement prolifique dans de nombreuses sciences. Spécialiste de la langue Arabe.

Tiré du site Risala.

Son nom et sa généalogie

Djalâl Ad-Dîn Abd Ar-Rahmân Ibn Abû Bakr Ibn Mohammad Al-Khudayrî As-Suyûtî.

Sa naissance (849 H.)

Né le 1er Rajab 849 H (octobre 1445) au Caire.
Il descendit d'une famille connue pour sa Science et sa piété. Son père étaient parmi les Savants pieux et distingués si bien que les Savants et les nobles lui confiaient l'éducation de leurs enfants.

Son enfance

As-Suyûti devint orphelin du père à l'âge de six ans. Il s'orienta vers l'apprentissage du Noble Coran dont il acheva la mémorisation avant ses huit ans. Puis, très jeune, il mémorisa d'autres livres comme La Méthodologie de la Jurisprudence et des Fondements, la Alfiyyah (poème de mille vers) d'Ibn Mâlik qui accrurent sa Science et élargirent son discernement. Il bénéficia de l'attention et des soins de plusieurs Savants parmi les amis de son père et certains d'entre eux furent ses tuteurs comme Al-Kamâl Ibn Al-Hammâm le hanafite l'un des grands Savants de son temps. Le jeune homme fut beaucoup marqué par lui et notamment en ce qui concerne son éloignement des sultans et des hommes politiques.

Ses Maîtres

As-Suyûti vécut à une époque riche en Savants distingués qui brillèrent dans les domaines nombreux des Sciences religieuses, maîtrisèrent les sciences linguistiques avec ses diverses branches et contribuèrent à la littérature. As-Suyûti fut donc influencé par cette communauté scientifique distinguée. Il commença la quête du savoir en 864 H. (1459) et étudia la jurisprudence, la grammaire et les successions. Au bout de deux ans, il avait déjà son habilitation pour l'enseignement de la langue Arabe. La même année, à l'âge de 17 ans, il rédigea son premier livre "Explication de l'Isti`âdhah et de la Basmala" et reçut à ce titre les éloges de son maître `Alamuddîn Al-Balqînî.

Dans son apprentissage, As-Suyûti avait pour habitude d'accompagner un seul Cheikh à la fois. Quand le Cheikh décédait, il en accompagnait un autre. Son principal formateur fut Muhyiddîn Al-Kâfayjî. As-Suyûti l'accompagna pendant 14 années entières et apprit la majorité de son savoir. Il apprit le Coran et la Jurisprudence ["Fiqh"] avec son Cheikh Sharafuddîn Al-Minâwî et apprit le « hadîth » pendant 4 ans en compagnie de Taqiyyudîn Ash-Shiblî. Quand ce dernier décéda, il suivit Al-Kâfayjî pendant 14 ans et apprit de lui l'Exégèse, les Eondements ["Usûl"], la langue Arabe et les sens. Il suivit également les enseignements du Cheikh des hanafites Al-Afsarâ'î ainsi que ceux de Al-`Izz le hanbalite, Al-Marzabânî, Jalâluddîn Al-Mahallî, Taqiyyuddîn Ash-Shamnî et de nombreux autres Savants. Par exemple, on lui cite en matière de Science du « hadîth » pas moins de 150 professeurs parmi les Savants doués de ce domaine.

Son apprentissage ne se limita pas à des enseignants hommes. Il y avait également des femmes parmi ses enseignants qui avaient atteint les sommums du savoir comme Âsiyah Bint Jâr Allâh Ibn Sâlih, Kamâliyah Bint Mohammad la Hachémite, Umm Hâni Bint Abî Al-Hasan Al-Harwînî, Umm Al-Fadl Bint Mohammad Al-Maqdisî et bien d'autres.

Ses voyages

Il se rendit dans diverses régions d'Egypte comme Al-Fayyum, Dumyât (Damiet), Al-Mahallah et autres.
Il se rendit également au Hidjâz où il passa un an entier dans la ville du Prophète (qpssl).

Son enseignement

Quand il eut complété son bagage scientifique, As-Suyûti s'attela à la charge du Conseil Juridique ["Fatwa"] en 871 A.H. - 1466 E.C. et dicta le « hadîth » l'année suivante. Il avait une connaissance très large et un savoir abondant et disait de lui-même : "Il m'a été accordé une connaissance profonde dans sept Ssciences : l'Exégèse, le « hadîth », la Jurisprudence, la grammaire, al-ma`ânî, al-bayân et al-badî`" à côté des fondements de la Jurisprudence et la dialectique, la Science des qirâ'ât (lectionnaires) qu'il apprit tout seul et la médecine. Mais il ne s'approcha guère des mathématiques et de la logique. Il dit également : "Je possède désormais l'ensemble des instruments de l'Ijtihâd, que Dieu en soit loué. Je le dis en guise de témoignage des bienfaits de Dieu - qsE - et non pour en tirer quelque fierté... car que vaut ce monde pour que son acquisition soit une fierté ?"

Les cercles scientifiques tenus par As-Suyûti connurent une grande affluence de la part des étudiants. Il fut d'abord nommé enseignant de Jurisprudence à Ash-Shaykhûniyyah, l'école où enseignait son père auparavant. Ensuite, il dicta le « hadîth » et se chargea des Conseils juridiques la mosquée d'Ibn Tûlûn. Puis, il fut appelé à la tête d'Al-Khânqâh Al-Bibarsiyyah qui était comble de prétendants au soufisme. Les mésentente éclata entre As-Suyûti et ces derniers qui faillirent le tuer. A ce moment, il décida de quitter Al-Khânqâh Al-Bibarsiyyah, de se retirer de la vie publique et de ses assemblées pour se consacrer à la rédaction et à la dévotion.

Son retrait de la vie publique

As-Suyûti passa une longue période dans des conflits avec des Savants contemporains, essentiellement des critiques mutuelles cinglantes. Parmi ces opposants, il y avait Al-Burhân Al-Karakî, Ahmad Ibn Mohammad Al-Qastalânî et Ash-Shams Al-Jawjarî. Mais son conflit le plus violent fut avec Shamsuddîn As-Sakhâwî qui accusa As-Suyûti de plagier une partie de ses écrits et de s'approprier des ouvrages anciens peu connus du public.

As-Suyûti se défendit vigoureusement et rédigea comme à son habitude un opuscule à caractère littéraire pour soutenir sa position. Il rédigea donc une épître en réponse à As-Sakhâwî intitulé "Poème Brûlant en Réponse à As-Sakhâwî" l'accusant de falsifier l'histoire et de calomnier des Savants, et des juges de l'islam.

Ses rapports mouvementés entre lui et certains Savants de son époque ainsi que l'agression dont il fut victime dans Al-Khânqâh Al-Bibarsiyyah n'étaient pas étrangers à son retrait de l'iftâ', de l'enseignement et de la vie publique dans son ensemble et son séjour à son domicile à Rawdat Al-Miqyâs sur les rives du Nil à l'âge de quarante ans. Il écrivit à cette occasion une épître intitulée "Le Poème Perlé" ainsi que "Explication de la Retraite de l'Iftâ et de l'Enseignement".

Certains adversaires d'As-Suyûti se rendirent compte de leur erreur et de l'injustice des attaques faites à l'encontre de ce noble Savant et reconnurent leur tort. En première ligne figure l'imâm Al-Qastalânî qui, voulant obtenir l'agrément de ce noble Savant cloitré chez lui et désintéressé du contact du public, se rendit chez lui pieds nus pour lui présenter ses excuses. Mais ceci ne poussa pas As-Suyûti à interrompre sa retraite ni à revenir au public. Il poursuivit son dévouement total pour la dévotion et la rédaction.

Son attitude vis-à-vis des Sultans et des Princes

As-Suyûti connut 13 sultans mameloukes. Ses relations avec eux étaient plutôt distantes voire rompues. Lorsqu'il les rencontrait, il se donnait le rang qui était le sien et adoptait avec eux l'attitude des Savants pieux. Si son attitude ne plaisait pas, il s'éloignait d'eux et les ignorait. Un jour, il se rendit chez le sultan honoré Qâytbây vêtu de son Taylasân [un long turban], chose qu'on lui repprocha. Il rédigea alors une épître justifiant son comportement intitulée Les Hadîths Agréés dans le Mérite du Taylasân.

Sous le sultanat de Tûmân Bây Ier, ce dernier essaya de se débarrasser de lui. Mais le savant abandonna son domicile dans l'île de la Rawdah et disparut quelque temps jusqu'à la destitution du sultan. Certains princes lui rendaient visite et lui offraient de l'argent et des présents qu'il refusait sans exception. Il refusa à plusieurs reprises l'invitation du sultan à le rencontrer et rédigea à ce sujet un livre intitulé "Raisons empêchant les Savants de se rendre chez les sultans".

Sa Culture et Ses Ouvrages

As-Suyûti était l'une des figures saillantes du mouvement scientifique, religieux et littéraire de la seconde moitié du 9ème siècle hégirien. Son activité scientifique en termes de rédaction remplit diverses branches comme l'Exégèse, le « hadîth », le Fiqh, l'histoire, les Tabaqât, la grammaire, la linguistique, la littérature et autres. Ainsi possédait-il une culture encyclopédique.

Les facteurs ayant favorisé l'abondance de sa production sont son retrait de la vie publique à l'âge de quarante ans pour se consacrer entièrement à la rédaction, la richesse de sa bibliothèque, l'abondance de son savoir, le nombre important de ses maîtres et de ses voyages et sa rapidité à l'écriture. Sa carrière d'auteur s'étendit sur 45 ans étant donné qu'il fit ses débuts dès l'âge de 17 ans et se consacra à cette activité pendant 22 années successives. Si l'on distribuait sa production littéraire sur sa carrière, on obtiendrait environ 40 pages par jour sachant que la plupart de sa production consistait à compiler, synthétiser et annoter les écrits d'autrui. Sa part d'innovation propre était très réduite.

As-Suyûti souhaitait être l'Imâm du 9ème siècle de l'Hégire pour l'abondance de son savoir. Il dit : "J'ai imploré parmi les bienfaits de Dieu et sa générosité d'être l'envoyé de ce siècle vu que je me distingue par la profondeur de ma connaissance dans toutes sortes de savoirs."

Les écrits d'As-Suyûti dépassèrent les 300 livres et épîtres. Brokleman lui recensa 415 écrits alors que Hâdjî Khalîfah dans Kashf Adh-Dhunûn lui dénombra 576 ouvrages et certains comme Ibn Iyâs allèrent même jusqu'à 600 ouvrages.

Parmi ses ouvrages dans les Sciences et l'Exégèse du Coran, il y a notamment : La Maîtrise dans les Sciences du Coran, L'Equivoque dans le Coran, Le Diadème dans la Déduction de la Révélation, Les Clés de l'Insondable dans l'Exégèse, Les Générations des Exégètes, Mille Vers dans les Dix Lectionnaires, Les Perles Dispersées dans l'Exégèse par Tradition et l'Exégèse des Deux Djalâl.

Dans le domaine du « hadîth » et de ses sciences, As-Suyûti connaissait par coeur 200 mille ahadiths d'après ce que l'on rapporte de lui. Il était passionné par la compilation et la recherche des ahadith. Il rédigea une dizaine de livres dans ce domaine certains comprenant plusieurs volumes et d'autres ne dépassant pas quelques pages. Parmi ses livres, on cite Le Secours du lent dans les Hommes d'Al-Muwatta, Eclairage des Ténèbres dans le Commentaire du Muwatta de l'Imâm Mâlik, La Somme des Sommes, Les Perles Dispersées dans les ahadith Réputés, Sélection des Branches de la Foi d'Al-Bayhaqî, Les Noms des Mystificateurs, Ethique de la Fatwa et Les Générations des Mémorisateurs.

Dans le domaine de la Jurisprudence ["Fiqh"], il rédigea Les Similitudes dans la Jurisprudence de l'Imâm Ash-Shâfi`î, La Collection des Fatwas, La Somme en Matière de Successions, Plaisir des Ouïes Avec les Questions de l'Unanimité.

Dans la liguistique et ses sciences, il rédigea plus de 100 livres et épîtres dont : Le Fleuri dans la Langue, Les Similitudes en Langue, Proposition en Grammaire, La Joie Satisfaisante dans l'Explication des Mille Vers d'Ibn Mâlik.

Dans le domaine de la rhétorique, on lui cite : Les Colliers de Perles dans les Sciences Regroupement et Distinction dans le Commentaire de la Magnifique Rédaction et Ouverture du Glorieux Pour l'Humble Serviteur.

Dans le domaine de l'histoire et des générations, on lui dénombre plus de 55 ouvrages et épîtres dont notamment Beau Discours dans les Récits d'Egypte et du Caire, L'Histoire des Caliphes, L'Histoire du Noble Roi Qâytbây, Parfaite Justesse dans La Connaissance des compagnons, La Fin des Avertis dans les Génarations des Rescapés, Le Don du Nuage dans les compagnons Venus en Egypte et Les Générations des Spécialistes des Fondements.

Parmi ses autres écrits intéressants, il y a La Miséricorde en Médecine, La Différence Entre l'Auteur et le Plagiaire, Réponse à Celui Qui Tomba Bas et Ignora Que l'Effort de Réflexion Est une Obligation à Toute Epoque, Les 101 spécificités de la prière du vendredi.

La volonté divine fit que la bibliothèque arabe et islamique conserva la plupart de l'héritage d'As-Suyûti et que la majorité de ses livres précieux fut imprimée. Ainsi de nombreux individus puisèrent dans son savoir.

Ses Disciples

Les disciples d'As-Suyûti furent nombreux et brillants. Les plus doués entre eux étaient Shamsuddîn Ad-Dâwûdî l'auteur des Générations des Exégètes, Shamsuddîn Ibn Tûlûn, Shamsuddîn Ash-Shâmî le spécialiste du « hadîth » d'Egypte et le grand historien Ibn Iyâs l'auteur des Merveilles des Fleurs.

Sa mort (911 H. - 62 ans)

L'Imâm As-Suyûti décéda à son domicile à Rawdat Al-Miqyâs sur les rives du Nil au Caire le 19 Djumâdâ Al-Ûlâ 911 H. (20 Octobre 1505) et fut enterré aux côtés de son père.

Notes :
* Les termes sont erronés dans la traduction du Coran utilisée et retraduits (par les termes soulignés) ici plus fidèlement au texte en Arabe ou plus correct grammaticalement.
1. qpssl - Que la paix et le salut soient sur lui ["Sallallâh-û ‘Alayhi wa Salam"] ;
2. qpsseux - Que la paix et le salut soient sur eux ["Sallallâh-û ‘Alayhim wa Salam"] ;
3. qsE - Qu'Il soit Exalté ["Allâh aza wadjel"] ;
4. qdssl - Que Dieu soit satisfait de lui ["Radi Allâh ‘anhu"] ;
5. qdsse - Que Dieu soit satisfait d'elle ["Radi Allâh ‘anha"] ;
6. qdsseux2 - Que Dieu soit satisfait d'eux deux ["Radi Allâhu ‘anhumaa"] ;
7. qdsselles2 - Que Dieu soit satisfait d'elles deux ["Radi Allâhu ‘anhunaa"] ;
8. qdsseuxt - Que Dieu soit satisfait d'eux tous ["Radi Allâhu ‘anhum"] ;
9. qdssellest - Que Dieu soit satisfait d'elles toutes ["Radi Allâhu ‘anhun"] ;
10. qdlsc - Que Dieu lui soit compatissant dans ce Bas-Monde ["Rahîma Ullâh"] ;
11. qdlfm - Que Dieu lui fasse miséricorde au Jour du Jugement ["Rahmât Ullâh ‘alayhi"] ;
12. qmdssl - Que la malédiction de Dieu soit sur lui ;
13. slp- Sur lui la paix ["‘Alayhi salam"] ;
14. sep - Sur eux la paix ["‘Alayhim salam"].