Les Meilleurs

Le soleil brule au-dessus de l'oasis.
C'est le calme avant la tempête.
Il n'est troublé que par les préparatifs de dernière minute.
Suite aux conseils d'un stratège, les fortifications ont été déplacées,
et les puits les plus éloignés sont en train d'être bouchés.
La brigade des jeunes valeureux est en alerte,
protéger la vie de leur Commandant est leur seule mission.
Si leurs frères succombent tous aujourd'hui dans cette oasis,
leur Commandant lui, doit survivre même si toute la brigade doit y laisser sa vie.
C'est le pacte qu'ont conclu les hauts dignitaires de leur Cité.
Alerte : Les espions reviennent, la troupe ennemie arrive,
les coeurs frémissent : ils sont trois fois plus nombreux !
Ils sont mieux armés ! Ils ont une cavalerie et sont lourdement protégés par les cuirasses.
Tout cela leur fait défaut : les 300 défenseurs ne disposent d'aucune cuirasse et de seulement deux montures...
Ce seront les deux capitaines qui les enfourcheront,
bénéficiant ainsi d'une vision plus haute du champs de bataille.
On envisage la fuite mais le capitaine de la Cité vient de parler,
les coeurs viennent d'être galvanisés par son discours,
la promesse des hauts dignitaires, dont il fait partie, sera tenue !
La Cité n'abandonnera pas celui à qui elle a accordé l'asile.
Honneur aux présents qui affronteront donc leur ennemi aujourd'hui.
La majorité émigrée des 300 montre un courage exemplaire.
Expulsés, humiliés et expropriés de leur ville natale, leur désir d'en découdre est immense.
Ils ont enfin la possibilité de se défendre et de rendre justice, dussent-ils le payer de leur vie.
Yâsir et Summaya restent présents dans leurs mémoire,
sans défense, le vieux couple a été assassiné par les extrêmistes nationalistes,
la nouvelle Religion qu'ils professaient était trop "dangereuse",
la Vérité est toujours dangereuse pour les menteurs !
Les 300 sont comme un seul homme, unis derrière le drapeau noir.
La nuit fut fraîche reposante et revigorante.
Terreur : On commence à entendre les tambours et les chants qui approchent.
Ca y est : tout est prêt, le Commandant vient de passer en revue la première ligne de défense.
Il est prêt à mourir aujourd'hui et demande à ses hommes s'ils ont des reproches à lui faire.
Car il vaut mieux règler toutes ses comptes ici et maintenant, cela coûtera moins cher.

Les arrogants entourent maintenant l'oasis fortifiée,
échaudés par une nuit épuisante de tempête,
ils défient les humiliés d'hier qui ont "osé" menacer leur précieuse caravane,
un tripple duel est décidé après une joute verbale des plus acerbes.
6 anciens voisins et parents vont se combattre aujourd'hui,
le soleil continue à bruler en ce mois béni
‘Âlî semble doté d'une énergie et d'un courage surhumain,
il terrasse rapidement son adversaire,
Hamza fait bientôt de même,
le troisième dueliste a un peu plus de mal mais terrasse son adversaire avant d'être blessé à mort.

Les orgueilleux auraient dû avouer leur défaite.
Au lieu de cela ils lancent leurs hordes d'esclaves à l'assaut de l'oasis !
Car la mort de leurs champions leur a fait perdre tout sens de l'honneur,
seule la vengeance et la soif trouvent place dans leurs coeurs.
Le combat fait rage, les premiers héros tombent au champs d'honneur,
on en voit même un lâchant la datte qu'il s'apprétait à manger pour prendre des forces,
se jeter comme un lion dans la bataille, il y laissera sa vie, espérant une récompense invisible.
Les 300 sont acculés, un compagnon fidèle implore le Commandant de demander des renforts !
Ce dernier s'y emploie avec toute son énergie à travers ses larmes,
ce n'est pas seulement leur vie qui est en jeux aujourd'hui,
c'est l'avenir de l'humanité libre qui est entre leurs mains.
S'ils venaient à périr qui s'opposeraient alors aux dictateurs et esclavagistes arabes, perses et byzantins ?
Quant tout espoir de victoire semble perdu, que tous sont résignés à leur sort que l'incroyable survient !

Surgie de nulle part, une légion d'élite vole au secours des 300.
Un initié parmi les ennemis la reconnait immédiatement.
Elle est invincible !
Lla bataille est perdue d'avance pour les assaillants,
il est grand temps de fuir car l'issue de la bataille vient de basculer,
un soldat ennemi s'effondre, tous les os brisés par un seul coup invisible !
La terreur s'empare des assaillants, ils fuient maintenant dans le désordre le plus total !
Le soulagement est immense pour les défenseurs.
Ils n'espéraient plus un tel secours.
L'occasion est trop bonne : l'esclave traque son tortionnaire d'hier,
deux jeunes avides de justice acculent l'ennemi public numéro 1 !
Une grande victoire vient d'avoir lieu.
70 ennemis sont à terre, 70 autres sont prisonniers.

En ce vendredi 17 Ramadân de l'an 2 de l'Hégire (624 ap. J.C.), les premiers musulmans viennent d'échapper à l'annihilation.
14 d'entre eux viennent de rejoindre leur Seigneur,
Une Légion des meilleurs Anges, parmi les armées innombrables de Dieu, vient de leur porter secours autour de l'oasis de Badr.
Ils avaient tout sacrifié pour leur Foi et la voilà récompensée par quelques biens matériels.
Mais c'est surtout leur Foi qui vient d'être enfin récompensée,
l'espoir d'une vie meilleure voit enfin sa concrétisation sur le champs de bataille.
Désormais les Croyants ont prouvé leur pacte de sang à défendre le Sceau des Prophètes, Messager de Dieu.
Désormais les injustes Mecquois savent qu'un Etat est né à la sueur de ceux qu'ils avaient expulsés il y a 2 ans.
Désormais le monde devra compter avec Médine (la Cité) l'illuminée, espoir des hommes et femmes libres.
Désormais la liberté de croire aura trouvé ses champions.
Désormais la Foi possède sa capitale, son Commandant, son juge et son Chef d'Etat.
Désormais les Combattants sur le chemin de Dieu sont prêts à tous les sacrifices.
Car Dieu a promis son soutien aux Croyants !
Ils furent les meilleurs des Croyants,
Parmi eux se trouvaient 3 futurs califes qui dirigeront l'Etat le plus juste que connut cette Terre,
le courage à défendre la Vérité fut gravé dans leurs coeurs ce jour-là,
et leur engagement ne cessera jamais, ils y laisseront d'ailleurs leur vie.

Mais le miracle vient de s'éteindre et l'épreuve ne vient que de commencer...
Encore bien des années de combat attendent ces preux chevaliers.
Avant que leurs descendants puissent enfin goûter un peu de repos.
Jusqu'à ce que naissent des générations endormies, oublieuses des efforts de leurs héros.
Jusqu'à ce que les musulmans oublient leur devoir de veiller à leur héritage,
car si l'attention baisse un seul instant, le loup de la sédition s'engouffre dans la brêche.
Et ces valeurs si pures, pour lesquelles tant ont donné leur vie,
risquent de sombrer dans l'oubli à jamais...
Mais c'est dans l'adversité que l'homme montre le meilleur de lui-même.
Pour peu que la Cause soit la bonne, son coeur sincère et désintéressé.

Est bien fade une vie sans Cause juste.
Et quelle plus belle mort que celle survenue en défendant une telle Cause ?